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Revue Hypnose & Thérapies Brèves: Généraliste, un thérapeute soluble dans le quotidien ? Dr Delphine Rive-Vivier

Dr delphine Rive-VivierPremiers pas hypnotiques d'une jeune généraliste commençant à incorporer sa toute fraîche formation à sa pratique quotidienne. Si besoin était, il nous est montré combien l'hypnose s'intègre tout naturellement lorsque l'omnipraticien sait garder ses bases et sa simplicité


Introduction : un docteur… ni grand… ni petit… juste à la taille qui me convient
 
A la fin de ma première année à l’AREPTA, je répondis à mon fils de 6 ans, qui voulait savoir si sa mère était aussi « un grand docteur » comme notre amie Agathe qui venait de décrocher son poste de PH en médecine interne : « Je suis un docteur… ni grand… ni petit, juste à la taille qui me convient… » Il haussa alors les épaules et soupira, désabusé : « Ouais, je vois, la mienne elle fait de l’hypnose ! »

Il est vrai que ma rencontre avec l’AREPTA entraîne des changements qui dépassent largement mon cadre professionnel et modifient profondément ma vision du monde. Aujourd’hui, ce travail écrit qui vient conclure trois années de formation déformante m’a permis de faire une tâche d’observation de ma pratique. Oui, beaucoup de choses ont changé,et comment, concrètement ?
 
Je vais le préciser même s’il n’est pas aisé de décrire l’indicible, le futile, l’instantané des modifications et la qualité des relations qui en découlent, les surprenants résultats qui apparaissent quand nous laissons du temps au temps et toutes les portes ouvertes.


Créer un espace pour l’imprévu
 
La première séance d’hypnose : rien ne se passe comme prévu
 
Quand je prévois un script ou une trame pour une séance d’hypnose, je suis immanquablement emportée vers d’autres contrées, happée par l’espace créé, et seule l’improvisation triomphe dans cette dérive des sensations.
Ce constat que j’ai fait de la dérive inévitable, dès la première séance, m’a beaucoup troublée. Je vous résume ici cette séance qui a une place toute particulière dans ma pratique, puisque avec elle j’ose autre chose que l’hypnose conversationnelle. Autre chose, certes, mais quoi ? Voici l’histoire, telle qu’elle me revient :

Mme L., 52 ans, « ne vit plus et fait semblant » depuis le traumatisme qu’elle a vécu deux mois plus tôt. Elle était arrivée la première sur les lieux du suicide de son père. Il l’y avait convoquéepar téléphone : « Allô ! j’ai tout préparé pour me pendre, ta mère est chez le coiffeur, dépêche-toi, je ne veux pas qu’elle soit seule pour me trouver à son retour. » Depuis ce jour, le film des événements la hante, l’empêche d’avancer. Elle dit : « Je ne peux relier ces événements avec la perte de mon père et n’arrive pas à éprouver de la tristesse. »
Je lui propose une séance d’hypnose en lui exposant l’intérêt de remettre en lien ce souvenir traumatique avec d’autres souvenirs, bons ceux-là, la musique peut-être (elle est musicienne professionnelle), pour réintégrer cette partie isolée « qui tourne en boucle » dans le flux de la vie. Elle semble surprise et accepte, elle est « prête à n’importe quoi pour que ça s’arrête ».
Le jour J, elle choisit de s’installer sur le lit d’examen et je m’assois à côté d’elle. Après une courte induction elle entre profondément à l’intérieur d’elle-même. J’accompagne : « Voilà, très bien, une partie de vous reste vigilante à ce que tout se passe bien pour vous, vous lui faites pleinement confiance, elle reste en contact avec le bien-être dans tout votre corps. »Des pleurs arrivent, ça pleure en moi et je m’entends dire : « Votre force intérieure, cette partie inconsciente, cherche la bonne place, trouve une place utile pour que ça reste supportable, acceptable… »
Quelques minutes intenses s’écoulent, ponctuées par des « voilà, bien, une partie de vous connaît tout ça… Bien, très bien ».
Je ne trouve rien d’autre à dire.

Soudain, elle se redresse, et commence l’échange suivant :
Mme L. : « C’est là la bonne place, dans mon cœur, avec mes autres morts, ils peuvent m’aider à le supporter. » Tout en disant cela, elle tapote son sein gauche avec son poing droit, de façon répétitive.
Je dis : « Toc, toc, toc ! est-ce qu’il y a une petite place dans votre cœur pour votre papa ? »
Mme L. : « Non, il ne trouve pas le chemin, je voudrais qu’il y aille avec ce paquet… J’ai peur que ça ne marche pas que ça continue. »
Je réponds : « Oui, ça continue, sans vous en rendre compte, et ça continue jusqu’à ce qu’il trouve le chemin. » 
La séance se termine, elle se sent bien, détendue, mais doute quand même que « ça marche ».
J’accepte son doute et lui suggère de s’attendre à une bonne surprise, car le plus étonnant est souvent ce qui se passe entre deux séances. Je ne croyais pas si bien dire. La semaine suivante, elle arrive radieuse. C’est incroyable, elle a passé une excellente semaine. Elle visualise un paysage de montagne dès qu’elle sent « le truc monter », elle dort bien, elle reprend sa voiture, elle a pu reparler à sa mère. Je suis tout aussi surprise qu’elle, elle s’est débrouillée toute seule ! Je me sens agréablement inutile.

Nous nous sommes revues l’année passée pour une prescription de bêtabloquant qu’elle utilise avant d’entrer sur scène en concert. Je lui ai parlé de la possibilité de l’autohypnose pour son trac. Elle m’a ri au nez : « Un demi-comprimé de propranolol, c’est quand même plus sûr ! » J’ai signé l’ordonnance.

 

Résonner sans raisonner, avec un aplomb confiant

 
Je sens bien la maladresse de cette première séance, et sais que ma technique est encore balbutiante, mais ce que j’ai fait de nouveau ce jour-là est de l’ordre d’un positionnement délibéré. Ce jour-là, je me pose et j’ose m’effacer. C’est une position lestée par une présence attentive, une présence en creux, et un aplomb confiant. Je suis lourde et creuse. A l’intérieur, ça résonne, ça ne raisonne plus.
C’est juste un positionnement, est-il juste ?


Le thérapeute : éleveur de larves ? Les joies de l’observation

 
Est-ce thérapeutique de rejoindre à ce point le client sur son terrain, au point de perdre ses propres  connaissances ? C’est quoi le cadre d’une séance qui consiste enne rien vouloir, ne rien prévoir et attendre. N’être personne que cette enveloppe si fine qui permet et libère dès que possible ? Une chrysalide ? Le cadre, une chrysalide et le thérapeute ? Il ajuste l’ambiance, dose la lumière, adapte la température d’incubation, la moiteur nécessaire et crée un nouvel espace pour chaque larve…
Le thérapeute, éleveur de larves ?
Dans un sens, ça me convient, mon rêve de petite fille était de devenir vétérinaire et les rongeurs, gastéropodes, poissons, batraciens et insectes sous toutes leurs formes me passionnaient déjà. Ma chambre ressemblait à un vivarium géant. Je passais des heures à observer, observer encore.
Grâce à l’AREPTA, je serais revenue aux sources des joies de l’observation ?
Mais comment créer une alliance thérapeutique si l’on considère le client comme une larve ? Le client n’est pas la larve, son problème est sa larve qu’il ne parvient pas à faire évoluer au rythme souhaité.
L’amener à prendre soin lui-même de sa larve peut être un des objectifs de la thérapie.


 

MISE EN SCENE DE LA PLAINTE SOMATIQUE

 Le diagnostic comme « en-jeu »

 
Je suis médecin généraliste, et de ce fait bien des objectifs sont préétablis avant la rencontre avec le client. Et bien des diagnostics collés sur les patients.
Un homme de 30 ans vient à la consultation accompagné de sa deuxième fille âgée de 3 ans. Il avait déménagé cinq ans plus tôt, et venait donc me donner de ses nouvelles à son retour dans le quartier. Il m’apprend qu’il est bipolaire et traité pour ça. Je lui demande de m’expliquer ce que ça veut dire, bipolaire ;ce qu’il fait très sérieusement tout en jouant avec sa fille qui a vidé la caisse de jouets sur ses genoux et ne cesse de l’interpeller. Je l’interromps : « Ça y est, j’ai compris ! Etre bipolaire, c’est savoir faire deux choses en même temps ! On peut dire que vous excellez en la matière ! »

Oui, j’ai, ou j’avais, un problème avec les diagnostics. « Ni dieu, ni maître, ni diagnostic » serait ma devise si je n’étais pas payée pour en faire justement, des diagnostics.
La plupart du temps, je n’en fais pas d’ailleurs et je suis payée à ne rien faire. Ne rien faire c’est déjà beaucoup ! Ne rien faire que d’être là. Ça je l’ai appris à l’AREPTA.
 
J’ai ainsi appris à composer avec la plainte somatique. Composer, c’est s’engager autour de la plainte, au-delà des examens cliniques et paracliniques qui s’imposent parfois. S’engager, c’est assurer de notre présence quelle que soit la direction prise. Assurer, c’est donner de l’épaisseur aux petits riens, aux à-côtés de la plainte par une écoute attentive et sincère des détails du quotidien.Composer, et créer une mise en scène au-delà du symptôme, mise en scène dont le patient devient l’auteur et l’acteur principal, et dans lequel le diagnostic est un « en-jeu », une des cartes de la partie qui se joue. Je vais vous présenter deux exemples.

 

Composer avec la plainte : la saveur des petits riens nous surprend au quotidien

 
Une femme d’une quarantaine d’années consulte en septembre dernier pour une altération de l’état général qui persiste depuis trois mois ; elle est convaincue d’avoir un problème de santé. Elle a maigri, ne dort plus, n’arrive plus à se rendre en classe – elle est institutrice – ni à la formation qu’elle a commencée pour enseigner en secteur spécialisé. Aprèsun examen clinique bref et attentionné,je prescris les usuels examens biologiques à faire devant une asthénie persistante. Et je propose qu’elle revienne quels que soient les résultats.
La biologie revient normale la semaine suivante. La dame s’effondre : « Ce n’est pas possible que ce soit encore la dépression. » Elle raconte ensuite comment elle a passé l’année dernière sur un petit nuage :une amourette extraconjugale (à laquelle elle a renoncé avant l’été) et ses projets de formation l’avaient portée. La chute est rude ! Elle veut des antidépresseurs, car la psychothérapie, elle a déjà fait. Ce sont les antidépresseurs qui l’avaient sortie de là la dernière fois.


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